Emir Deniz : pourquoi la formation est le rempart des métiers en tension face à l’IA

Des postes qui résistent, malgré tout

On entend beaucoup parler de l’intelligence artificielle comme d’une force de remplacement massive, capable d’absorber des pans entiers du marché du travail. La réalité du terrain raconte une autre histoire. Pendant que les débats sur l’automatisation occupent les tribunes, des employeurs de toute la France peinent chaque jour à pourvoir des postes pourtant essentiels. Ces métiers ont un nom : les métiers en tension.

Ce sont ceux pour lesquels le volume d’offres d’emploi est structurellement supérieur au nombre de candidats disponibles et formés , non pas par manque d’attractivité conjoncturelle, mais par déséquilibre durable entre besoins et compétences disponibles.

La liste est longue et couvre des secteurs aussi variés que la restauration, l’hôtellerie, le bâtiment et les travaux publics, l’électricité, la plomberie, le transport, la logistique, l’aide à domicile, la petite enfance, la santé, la propreté, le commerce de proximité, l’agriculture et une partie de l’industrie. Des secteurs qui, malgré leurs différences, partagent des caractéristiques communes :

  • Forte présence physique
  • Gestes manuels précis
  • Relation directe et souvent continue avec le public ou les usagers
  • Travail en horaires contraints ou décalés

Autant de réalités que l’intelligence artificielle ne peut ni reproduire, ni remplacer.

Ce que l’IA ne fera pas à votre place

L’intelligence artificielle a indéniablement transformé certaines dimensions de ces métiers. Elle aide à la planification des tournées de livraison, à la gestion des stocks en restauration, au suivi des dossiers dans le secteur médico-social, ou encore à l’optimisation des plannings dans les structures d’aide à domicile. Ces apports sont réels et permettent aux professionnels de gagner du temps sur les tâches administratives pour se concentrer sur le cœur de leur activité.

Mais justement , ce cœur de métier reste hors de portée. Préparer un plat chaud pour une personne âgée isolée, poser un carrelage à l’alignement parfait, accompagner un enfant de deux ans dans ses premiers apprentissages du langage, réconforter un patient après une annonce difficile : aucun algorithme n’y répond. Ces métiers exigent une présence, une sensibilité, une capacité d’adaptation en temps réel à l’humain qui se trouve en face. Ce sont précisément ces compétences que les employeurs cherchent, et qu’ils ont du mal à trouver , non pas parce qu’elles sont rares, mais parce que les personnes qui les possèdent potentiellement n’ont pas toujours eu accès aux formations qui permettent de les valider et de les exercer professionnellement.

Emir Deniz évoque la formation comme le vrai levier

C’est ce constat , l’écart entre des besoins massifs de recrutement et un vivier de candidats insuffisamment formés , qui structure depuis des années le travail d’Emir Deniz. Juriste de formation, ancien élu régional, il dirige aujourd’hui le groupe DEFIS, qui compte 160 collaborateurs et 40 sites de formation en France, dont les centres Polylangues spécialisés dans la formation linguistique et l’insertion professionnelle.

Sa position est singulière : il observe chaque jour, depuis ses centres, les trajectoires de personnes qui ont les capacités d’exercer ces métiers en tension, mais qui butent sur des obstacles concrets , la langue, la méconnaissance des dispositifs, l’absence d’un parcours structuré qui les conduise jusqu’à l’emploi. Ce qu’Emir Deniz a construit, c’est précisément ce pont entre le potentiel des personnes et les besoins des employeurs.

La vision d’Emir Deniz pour la restauration, la petite enfance et l’aide à domicile

La restauration : un secteur qui cherche ses mains

La restauration est l’un des secteurs les plus emblématiques des métiers en tension. Les cuisines manquent de commis, les salles manquent de serveurs, et les postes d’employé polyvalent restent parmi les plus difficiles à pourvoir durablement. Les centres du groupe Polylangues proposent des formations d’employé polyvalent en restauration, ancrées dans la pratique et orientées vers une insertion rapide. Les apprenants y acquièrent les gestes professionnels fondamentaux , hygiène alimentaire, préparation, service, relation client , dans des conditions proches de la réalité du terrain. Des examens pratiques sanctionnent ces parcours, avec des diplômes reconnus qui ouvrent directement des portes auprès des employeurs.

La petite enfance : un métier de lien, pas d’algorithme

Accompagner le développement d’un jeune enfant demande une disponibilité, une attention et une capacité d’observation que aucune technologie ne peut simuler. Le secteur de la petite enfance est en tension chronique : les crèches, les haltes-garderies et les structures d’accueil collectif peinent à recruter des professionnels formés. Les parcours proposés dans ce domaine permettent d’acquérir les compétences attendues par les structures employeuses , accompagnement du développement de l’enfant, sécurité, communication avec les familles , tout en s’inscrivant dans un cadre certifiant reconnu par les branches professionnelles.

L’aide à domicile : le défi humain de demain

C’est peut-être le secteur où la tension est la plus critique et la plus structurelle. Le vieillissement de la population française accroît chaque année la demande d’accompagnement à domicile, tandis que les vocations peinent à se concrétiser en emplois durables faute de formations accessibles et adaptées. Emir Deniz en a fait un axe central de son action. Les formations en aide à domicile proposées par ses centres répondent à une double exigence : donner aux apprenants les compétences techniques et relationnelles nécessaires pour exercer dans de bonnes conditions, et répondre aux attentes des structures qui recrutent , associations, services à la personne, établissements médico-sociaux , en leur fournissant des professionnels immédiatement opérationnels.

Ce secteur est également celui où la dimension linguistique prend tout son sens. Beaucoup de personnes susceptibles d’exercer ces métiers sont des travailleurs étrangers déjà insérés dans la vie active, qui ont les qualités humaines requises mais ont besoin de renforcer leur maîtrise du français professionnel pour communiquer avec les bénéficiaires, comprendre les consignes et s’intégrer pleinement dans les équipes. C’est là que Polylangues joue un rôle complémentaire et déterminant, en combinant formation linguistique et formation métier dans des parcours pensés pour des publics en emploi ou en recherche active.

La question de l’importance de la formation sur l’intégration des étrangers en France est au cœur de la démarche d’Emir Deniz, qu’il analyse en détail dans un entretien dédié.

La formation comme bouclier contre la substitution

Emir Deniz évoque un manque de moyen pour la formation en français, hors Former, c’est aussi protéger ces métiers de la substitution. Un auxiliaire de vie qui maîtrise les gestes techniques, le français professionnel et les protocoles de soin n’est pas seulement plus employable , il est plus irremplaçable. La formation renforce précisément ce que l’IA ne peut pas apprendre : la posture, le discernement en situation, la relation de confiance construite dans la durée. En structurant des parcours rigoureux et certifiants dans ces secteurs, Emir Deniz ne répond pas seulement à une pénurie de main-d’œuvre. Il construit un capital humain que l’automatisation ne peut pas éroder.

La formation comme réponse structurelle

Ce que l’expérience d’Emir Deniz illustre, c’est que les métiers en tension ne manquent pas de candidats potentiels. Ils manquent de parcours accessibles, adaptés aux réalités des apprenants , leurs horaires, leur niveau de langue, leur point de départ. Former, c’est donc à la fois répondre à une demande économique urgente et offrir à des personnes un accès concret à des emplois durables, dans des secteurs qui recruteront encore dans dix ans, quelles que soient les évolutions technologiques.

L’intelligence artificielle continuera d’évoluer. Elle optimisera davantage, automatisera plus encore les tâches répétitives et cognitives. Mais le cuisinier qui prépare un repas avec soin, l’auxiliaire de vie qui accompagne une personne âgée dans sa dignité, l’auxiliaire petite enfance qui accueille un enfant inquiet le matin à la crèche , ces présences-là resteront irremplaçables. Et les former reste, aujourd’hui comme demain, l’un des investissements les plus utiles que notre société puisse faire.